

Les treize desserts :
pompe à l'huile, fougasse, noix, noisettes, nougat blanc, fruits confits, pommes, poires, oranges, raisins frais, vin cuit, dattes, pâte de fruits.
Les treize desserts qui suivent le gros souper de Noël font partie de la tradition méridionale de Noël, tradition ancienne pour ce qui est des desserts et assez jeune en ce qui concerne le chiffre treize.

Traditions :
A Marseille, au XVIIe siècle, fruits frais, fruits secs et pompes « régalent les gens les deux derniers jours » avant Noël.
Dans les années 1820, dans les Bouches-du-Rhône, le « gros souper » de Noël se termine par un « dessert plus ou moins splendide selon l'aisance des familles, qui consiste en gâteaux, fruits secs, confitures, biscuits et sucreries », châtaignes et pompes.
Avant le XXe siècle, on ne trouve apparemment aucune attestation d'une association des desserts de Noël avec le chiffre treize. Frédéric Mistral, quant à lui, ne cite pas le chiffre treize mais évoque les friandises exquises de la veillée de Noël. En 1885, un chroniqueur note :
« Le gros souper n'est plus qu'à l'état de légende ».
Au début du XXe siècle, à la suite de Mistral et de son Félibrige, la nostalgie pour les Noëls de jadis est à la mode en Provence.
En 1925, dans un numéro spécial de Noël du journal La Pignato, un écrivain d'Aubagne, le docteur Joseph Fallen, écrit à propos des desserts : « Il en faut treize, oui treize, pas plus si vous voulez, mais pas un de moins, notre Seigneur et ses apôtres ! ».
L'année suivante, la romancière Marie Gasquet écrit, dans Une enfance provençale, qu'à Noël « il faut treize desserts, treize assiettes de friandises, douze qui versent les produits du pays, du jardin, la treizième beaucoup plus belle, remplie de dattes ».
Au début des années 30, le Musée du Terroir marseillais consacre une salle au repas de Noël; la tradition commence à s'installer. Treize, comme le Christ et les douze apôtres. Le prêtre F. Marchetti, en 1683, avait d'ailleurs décrit un usage du souper de Noël marseillais qui consistait à mettre treize pains sur la table :
« douze petits qui représentent les douze apôtres, et l'un qu'on appelle le pain de notre Seigneur, beaucoup plus gros que tous les autres ».
S’ils sont généralement associés à la Provence et à la tradition de Calèna du Comté de Nice, on retrouve aujourd’hui les treize desserts dans toute l'Occitanie et même en Catalogne.
Ils sont parfois encore servis à l’issue du « gros souper », repas du réveillon de Noël lui même codifié.

Les treize desserts :
pommes poires melon vert nougat noir et nougat blanc fruits confits calissons gibassié oreillettes dattes « quatre mendiants » :
noix et noisettes, figues sèches, amandes et raisins secs
Les quatre mendiants font partie de la composition des treize desserts en Provence. Ces fruits secs représentent les différents ordres religieux ayant fait vœux de pauvreté, noix ou noisettes pour les Augustins, figues sèches pour les Franciscains, amandes pour les Carmes et raisins secs pour les Dominicains.

En fonction des régions, des cantons, des villes et même des familles, la composition varie.
La liste présentée ci-dessous est établie par le musée des Arts et Traditions populaires du terroir marseillais :
* la pompe à l'huile (pòmpa a l’òli) : une brioche sucrée plate à l’huile d’olive ou bien la fougasse d'Aigues Mortes à la fleur d'oranger;
* les pommes ;
* les poires ;
* le verdaù (melon vert conservé dans le grain) ;
* le nougat noir et le nougat blanc ;
* les sorbes ;
* les raisins frais.

Autres desserts non « officiels » que l’on peut mettre :
* les mandarines ;
* confiseries : chocolat, fruits confits, calissons... ;
* la pâte de coing ou d'autres fruits ;
* les bugnes, ou merveilles, ou oreillettes : beignets à la fleur d'oranger ;
* les dattes.
Selon la tradition, chaque convive doit manger un peu de chaque dessert pour s'assurer bonne fortune pour toute l’année.


"Ce jour là, sur la table, trois chandelles brillaient, et si parfois la mèche tournait devers quelqu'un, c'était de mauvaise augure. A chaque bout dans une assiette, verdoyait du blé en herbe qu'on avait mis à germer dans l'eau le jour de la sainte Barbe. Sur la triple nappe blanche, tout à tour apparaissaient les plats sacramentels : les escargots (...) la morue frite et le muge aux olives, le cardon, le scolyme, le céleri à la poivrade, suivis d'un tas de friandises réservées pour ce jour là."
Frédéric Mistral
Photo Alice Vidal

