
Depuis mai 2022, la récolte du sel à Guérande (Loire-Atlantique) n'a jamais vraiment cessé. Du soleil, du vent et pas une goutte de pluie, le combo pour une saison exceptionnelle.
Ce mardi matin, Christophe Annaheim est dans sa saline, au coeur des marais salants de Guérande (Loire-Atlantique). Le paludier enlève l’eau devenue trop saumâtre pour la renouveler, ouvre et referme, avec les petites ardoises, les passages entre les œillets.
« À force de produire, ils saturent en sel. Ce dernier a du mal à cristalliser, il devient plus fin et plus difficile à récolter. Il faut calmer le processus ! ».
Car la machine s’est emballée. Du soleil, des fortes températures, du vent, pas une goutte de pluie, depuis 30 jours, sans discontinuer, les marais salants de la presqu’île de Guérande produisent du sel. Les trémets grossissent à vue d’œil, les mulons se multiplient, le ballet des tracteurs évacuant les tonnes de sel est incessant. Pas de doute, la saison du sel 2022 est exceptionnelle !
Et elle avait commencé très précocement, dès le mois de mai.
La pluie n’est pas attendue avant deux semaines au moins.
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Mais déjà, la production bat tous les records. Au niveau de la coopérative, en estimation moyenne, « on en est ce jour à 2 tonnes par œillet ». La moyenne, sur les 10 dernières années, pour l’ensemble de la saison, est de 1,35 tonne par œillet.
Pour la fleur de sel, un quota de 100 kg par œillet avait été voté par la coopérative pour cette année. Beaucoup de paludiers l’ont déjà atteint et ont arrêté de la cueillir. Le gros sel, lui, ne leur donne aucun répit.
On est tous fatigués et la chaleur n’arrange rien. Je suis dans la saline dès 5 h du matin, je rentre chez moi pour me reposer et je reviens en fin de journée. Mais on ne peut pas laisser filer, quand il y a du sel, il faut le prendre. En même temps, c’est un peu notre métier.
Christophe Annhamein.
Mais la satisfaction, face à ce cru 2022 qui s’annonce excellent pour les paludiers, reste contenue : « si pour nous, agriculteurs de la mer, forcément cette saison est très forte en production, pour les agriculteurs de la terre, c’est une catastrophe. Beaucoup ont déjà perdu leurs récoltes. Et ça va poser de vrais problèmes alimentaires, on ne se nourrit pas avec une assiette de sel », s’inquiète le professionnel.
Regardez des petites mains ont laissé leur emprunte